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Arno Babadjanian. Doué comme la nature Sa musique représenterait un grand intérêt pour les musiciens suisses et européens pour plusieurs motifs: inspirée des chants traditionnels anciens arméniens, sa musique aidera les mélomanes à découvrir pleinement la culture arménienne d’une écriture moderne, quelquefois dodécaphonique et polyphonique, elle sera un modèle intéressant pour des compositeurs contemporains d’une écriture virtuose, elle donnera l’appétit d’explorer de nouvelles oeuvres à beaucoup de jeunes pianistes, mais aussi aux plus expérimentés et pour finir, comme constaté lors de nombreux concerts en Europe (France, Espagne, Suisse, etc.), sa musique, grâce à son tempérament arménien marqué, révèle la curiosité et trouve un accueil chaleureux tant chez un public professionnel, que mélomane. Bref rappel historique: sa pièce « Poème » a été spécialement écrite et introduite comme oeuvre imposée dans le programme de la 3ème édition du concours Tchaikovsky à Moscou en 1966. - - - Personnalité éminente de la musique et de la culture arménienne du 20ème siècle, Arno Babadjanian représente pleinement la beauté et la profondeur de la nature et du tempérament de l’Arménie. Arno Babadjanian naquit en 1921 à Erevan, en Arménie dans une famille d’enseignants. Il se fit très vite remarquer par ses qualités musicales extraordinaires et entra au Conservatoire d’Erevan dans le groupe des enfants doués pour la musique. A l’âge de 17 ans, après ses études de piano et de composition au Conservatoire d’Erevan et suite à la vive recommandation d’Aram Khachatourian, il entra à l’école de musique de Gnessine à Moscou avant d’intégrer le Conservatoire de Moscou où il étudia avec Constantin Igoumnov, célèbre pianiste et professeur russe. Babadjanian vécut à Moscou la plus grande partie de sa vie, où il devint roi de la chanson populaire. Ses chansons continuent d’être interprétées de nos jours par les chanteurs arméniens, russes et des autres républiques de l’ancien bloc soviétique. La chanson ayant donné une seconde direction à sa carrière, elle lui laissa peu de temps pour se consacrer à la création d’oeuvres dans le style classique. Néanmoins, ce pianiste phénoménal laisse un riche héritage, malgré la modeste quantité de ses compositions, principalement dédiées à son instrument, qui sont d’une extrême difficulté technique, mais en même temps d’une souplesse pianistique étonnante. En vivant en Russie et en passant beaucoup de temps loin de son pays natal, les œuvres d’Arno, autant classiques, que populaires, respirent l’Arménie et évoquent les images du pays à chaque instant. Outre son lien profond pour son pays, Babadjanian gardait très précieusement en mémoire le précepte qu’Aram Khachatourian donnait à ses jeunes collègues: « N’oubliez jamais d’où vous venez, utilisez toujours les éléments de la musique arménienne traditionnelle dans chaque oeuvre que vous écrivez… ». Parmi les oeuvres les plus jouées, on notera, entre autres, le concerto pour violoncelle et orchestre, dédié à Rostropovich, la sonate pour violon et piano, le trio pour violon, violoncelle et piano, la Ballade héroïque pour piano et orchestre. Pour certaines d’entre elles, telle que « Six images », il s’adonna au style dodécaphonique, sans toutefois perdre l’âme arménienne. A l’âge de 30 ans, Arno Babadjanian apprit qu’il était atteint d’une grave maladie de l’estomac qui le suivra toute sa vie. D’après les médecins, ses jours étaient comptés, mais il cohabita néanmoins avec sa maladie plus de trente ans. Son épouse, près de lui avec le sac à main plein de médicaments, était toujours prête à intervenir en cas de crise. Etonnamment ni sa musique, ni son attitude laissèrent entrevoir qu’il était atteint dans sa santé. Un être plein de vie, un caractère joyeux, un naturel brillant, une personnalité discrète et bienveillante, toujours une source de bonne humeur, un homme radieux… une palette d’émotions retranscrites dans sa musique - de l’extase à la tristesse perçante - mais jamais de désespoir… C’était Arno Babadjanian. Son décès survient en 1983, après son retour à Erevan où il sera inhumé. Ses oeuvres ont été jouées par les plus grands musiciens de son époque et, de nos jours, elles continuent à faire partie du répertoire des musiciens, tels que Mstislav Rostropovich, Emil Gilels, David Oïstrakh, Jean Ter-Merguerian, Boris Berezovsky, etc. A Erevan, depuis 1986 existe un concours national de piano pour de jeunes pianistes qui porte le nom d’Arno Babadjanian, ainsi qu’une des plus importantes salles de concerts de la capitale et un collège de musique. En 2002 un monument - une statue le représentant jouant du piano - a été érigé à son hommage dans le centre d’Erevan. Sona Esperti-Igityan Citations « …toute mon oeuvre est tissée d’un thème d’amour pour la femme, la mère, la patrie. La vie est l’amour: c’est le principe que je confesse dans mon oeuvre tout le long de ma vie… » « …la plus grande partie de ma vie je l’ai vécue en Russie, 40 ans, mais l’accent arménien n’a pas su se perdre. J’ai le même accent dans ma musique… » « …j’étais absolument fasciné par le fonctionnement de ces mécanismes (lors de la visite d’un atelier de montage des matériaux vidéos au Japon), en même temps une sensation ne me quittait pas: comme si les mécanismes oeuvraient avec ma musique, aux rythmes de mes compositions… » « …quand je joue du Rachmaninov, j’ai l’impression de jouer ma musique… »